| Maintenant que vous vous êtes fait une idée des opposants, voici quelques éléments de réponse (qui ne valent que par ce que nous connaissons du sujet des plaignants):
Ce recours fait surtout pièce du dossier présenté par le maître d’ouvrage. Il n’aurait rien vu dans les « corridors écologiques », rien entendu des bruits insupportables apportés par la nouvelle route, rien mesuré dans les coûts. En un mot il aurait construit un dossier pour tromper sciemment le public. Pauvre administration. Vilipendée et incompétente…
Maigre consolation, les plaignants admettent implicitement l’intérêt du projet pour le public (en rappelant que la DUP ne peut pas être uniquement dictée par l’intérêt du public).
Pour eux, l’administration de l’équipement s’est limitée à lister les avantages attendus (probablement le désenclavement du Chablais, mais ce n’est pas exprimé ainsi) sans les comparer aux inconvénients.
Quels sont ces inconvénients relevés ?
Les nuisances sonores : c’est un fait, pour certains habitants situés loin des routes actuelles, les nuisances sonores seront réelles. Seront-elles plus lourdes à supporter que le gain sonore pour les habitants des villages traversés ? Qu’en pensent les habitants de Langin ?
Les atteintes au milieu naturel : revenons tout d’abord sur la notion de corridor écologique et sur la finalité des zones Natura 2000. Elles sont reconnues dans un inventaire adressé à la commission européenne. Une seule zone humide (à Perrignier) est proche du tracé (si l’on en croit l’inventaire de la DIREN) et celui-ci s’en est suffisamment éloigné pour ne pas le perturber. Cette zone humide fait l’objet d’un arrêté biotope de la préfecture.
Quid du contenant
Les inconvénients rappelés, les plaignants s’attaquent au contenant, c'est-à-dire au dossier présenté au public. Que lui reproche-t-on ? Trois choses : le coût, un découpage artificiel et des manques. S’il est difficile de porter un jugement sur le découpage artificiel (le découpage est, d’après l’administration, la conséquence de la séparation des maîtres d’ouvrage), on peut raisonner un peu mieux sur le coût et les manques.
Parlons coûts. Rappelons-nous : les plaignants en ont fait leur délice pour attaquer la DUP de l’autoroute transchablaisienne. Ainsi, l’annulation de la DUP s’appuyait quasi-intégralement sur un coût « démesuré » par rapport au trafic attendu. Si le coût analysé était proche de la réalité, il n’en était pas de même pour le trafic. Estimé alors par le Conseil d’Etat à 10000 véhicules par jour, il était probablement plus près de 30000 (avec une pointe à près de 40000 mesurée par la DDE en 2003). Mais peut-être la mise en place d’un péage avait un effet réducteur sur le trafic, effet difficile à estimer.
Le projet présenté est nettement différent : route à utilisation gratuite (donc avec un trafic reprenant largement les trafics D903 et N5, soit environ 20000 véhicules par jour en moyenne -en laissant 10000 véhicules sur les routes existantes-) dont le coût est estimé à 260M€ (valeur 2004) dont près de 100M€ pour la seule partie Chasseur / A40. Alors que le projet A400 devait recevoir –aux dires du Conseil d’Etat- 10000 véhicules jours pour l’équivalent de 400M€. Même si les valeurs ont vocation à être actualisées (mais les coûts augmentent-ils aussi vite que le trafic ?), on est loin des considérants de 1997. Même si l’on ajoute in fine les coûts d’entretien et les aménagements liés à l’environnement. Et puis, comment mesurer la réduction du risque routier ? Nous sommes aujourd’hui dans le peloton de tête des risques routiers, si l’on perd les premières places, est-ce que cela ne vaut pas dans le bilan ?
Côté manques, il est probable que le dossier, vaste et complexe, est passé à côté d’éléments mineurs. L’enquête publique a d’ailleurs pour intérêt premier de présenter la réflexion « officielle » à tous, afin que chacun puisse connaître les propositions de l’administration et apporter son grain de sel à la réflexion globale. Mais quelques remarques prêtent à sourire. Prenons par exemple la question des autres tracés. Le dossier présentait 3 tracés. On peut toujours évoquer d’autres idées (élargir les voies actuelles, mais comment traverser les bourgs et se tenir à 2 kilomètres des berges du lac ? passer par la Vallée Verte, creuser sous les Voirons,…) mais que proposent les plaignants ? De même, l’utilisation de valeurs mesurées en 1999 est une preuve irréfutable, pour les plaignants, de la reprise des propositions liées à la A400. Pourtant celle-ci a été condamnée en 1997. Qui est dans l’erreur de calcul ?
Une surprise
Ce qui surprend dans ce recours, c’est la présence des GAEC sans aucune remarque importante sur l’impact du projet vis-à-vis des exploitations agricoles. Et pourtant ils seront les plus concernés, beaucoup plus que par les nuisances sonores ou les risques sur les corridors écologiques. Il y a fort à parier qu’au premier détour, ces exploitants se feront épinglés par leur associés d’aujourd’hui parce qu’ils utilisent trop d’engrais, trop de pesticides, trop de mécaniques… qu’ils détruisent les haies et les bosquets, qu’ils odorisent les espaces par le lisier, qu’ils utilisent les voies pour rejoindre leurs exploitations. Paravent d’aujourd’hui, comment seront-ils perçus demain ? Sûr qu’ils trouverons, alors, plus d’appui dans les défenseurs du Chablais que dans les défenseurs de la tranquillité égoïste….
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