La Presqu'île du Chablais

Difficile de dire mieux...

La récente mise en service de l’autoroute A 41 entre ANNECY et GENEVE met cruellement en évidence, par comparaison, l’état de quasi abandon des relations entre le CHABAIS d’une part, le reste de la France et la Suisse, d’autre part.

On peut désormais choisir entre DEUX itinéraires autoroutiers pour se rendre d’Annecy à Genève : l’un desservant le Nord de l’agglomération genevoise, l’autre le Sud. A l’opposé, les communications depuis ou vers le Chablais, de quelque côté qu’on les observe ou qu’on les utilise, demeurent éternellement déplorables et, à certains moments, franchement indignes.

De ce point de vue, le Chablais ressemble à une presqu’île. Sur 180 degrés sa frontière est un lac, et sur l’autre moitié la montagne. A l’exception d’un isthme où passent une relation routière largement thrombosée et un service ferroviaire dont les graves déficiences ne sont plus à compter (ni à conter d’ailleurs).

Si, au moins, un des deux services – le routier ou le ferroviaire – était performant, les observations qui suivent se justifieraient peu, voire pas.
Mais ces deux moyens de transport cumulent, à un point rarement atteint, leurs dramatiques insuffisances. Existe-t-il, en France, l’exemple d’une région de plus de 100.000 habitants sans un accès ou une déserte routière et/ou ferroviaire convenables ? Peut-être ne serait-il pas incongru d’invoquer ici le concept de « continuité territoriale » appliqué en d’autres lieux ?

Les handicaps nés de cette situation sont naturellement très pénalisants. Qu’on en juge :

  1. chaque station thermale française d’importance internationale, comme EVIAN, est desservie par une voie de transport terrestre de bon niveau, au minimum à dix kilomètres : VITTEL, VICHY, AIX-LES-BAINS possèdent toutes une bonne liaison routière et/ou autoroutière et/ou ferroviaire avec le reste du territoire.
  2. les touristes rejoignent de plus en plus les stations du Haut Chablais, à l’exception de quelques unes (vallée d’Abondance), par la vallée de l’Arve et l’Autoroute Blanche en ignorant les bords du lac.

 

  1. l’activité économique en est pénalisée dans son développement, mais maintenant aussi dans le maintien même des établissements existants. Pourquoi chercher à s’installer – ou à demeurer – au-delà d’Annemasse avec des transports si déficients ?
  2. d’évidence cette situation n’est pas sans conséquences accidentogènes graves: morts et blessés plus nombreux qu’ailleurs, avec les coûts individuels (en tous genres) et collectifs très élevés.
  3. et sans approfondir ici les enjeux environnementaux qui sont patents.

Dans le département de la Haute-Savoie, par comparaison avec le Genevois, le Faucigny ou l’Annécien, pourquoi c’est dans le Chablais qu’il y a le moins d’entreprises, le moins d’artisans, le moins de salariés du secteur privé ?

Imagine-t-on aujourd’hui la vallée de l’Arve, comme le Genevois, sans l’Autoroute Blanche, Annecy sans ses grandes infrastructures de transport, tant au Nord qu’au Sud de l’agglomération ?

Pourtant, il y a quarante ans, la Haute-Savoie n’avait aucun kilomètre d’autoroute. Seul le Chablais peut témoigner aujourd’hui de ce passé, toujours illustré sur son territoire !

Il y a trente ans des projets de desserte ont commencé à être étudiés.

Il y a vingt ans ils se sont matérialisés dans des plans qui ont tous suscité, les uns après les autres, des contestations ou des oppositions picrocholines.

Il y a dix ans – précisément - un schéma de « désenclavement » est enfin arrêté après une concertation vraiment très large. Presque tous les acteurs chablaisiens s’y rallient enfin. Un calendrier et un« Comité de  suivi » (sic) sont mis en place. Depuis lors, seuls les huit kilomètres du  contournement de Thonon ont été réalisés.

Les représentants de l’Etat parlaient à l’époque de la nécessité d’une « concordance des temps  et des travaux » entre ce contournement et la liaison jusqu’à l’A 40. Aujourd’hui, nous savons et voyons ce qu’il en est. Et ces représentants ne sont plus là pour répéter leurs affirmations et leurs promesses !

Au moment où le Président de la République et le gouvernement engagent un ambitieux plan de relance devant « accélérer les investissements structurants », au nom de quoi le Chablais en a-t-il été exclus ? A-t-il vocation à subir une « double peine », à être éternellement puni ?

                                                                               Christian VULLIEZ